«Une banque vous prête un parapluie quand il fait beau et vous le reprend quand il pleut», disait George Bernard Shaw. Les banques tunisiennes ne semblent pas faire exception à cette règle. C’est en tous cas ce que laisse entrevoir le cas du Nahrawess Boujaafar, selon le récit de son propriétaire Habib Bouslama.
Tout commence en 2008 lorsque le propriétaire de l’hôtel Nahrawess Hammamet se voit désigné comme l’heureux gagnant de l’appel d’offres de vente de ce qui était à l’époque l’Abou Nawas Boujaafar, un des plus beaux hôtels de Sousse et fleuron de la chaîne tuniso-koweitienne Abou Nawas alors en cours de démantèlement.
Fort d’un accord de financement impliquant quatre banques de la place (STB, BNA, BH et Amen Bank), Habib Bouslama est confiant et n’hésite pas à engager la responsabilité de la société gérante de son autre unité, bien florissante, le Nahrawess Hammamet. Mal lui en a pris.
Sa descente aux enfers commence seulement quelques mois après son engagement. C’est d’abord le déclassement en 3 étoiles de l’hôtel, «délabré», dit-il. Puis un rappel de redressement fiscal de 740 000 DT datant de 2004 et oblitéré dans les comptes qui lui étaient présentés lors du rachat.
Mais pour lui, l’heure n’est pas à l’hésitation. Il engage une partie du crédit convenu avec deux des banques de son montage financier (Amen Bank et BNA) pour un montant de 13 millions de dinars. Il en consacre 1,5 million à l’assainissement social – «car le Boujaafar avait servi à accueillir tous le personnel indésirable de la chaîne Abou Nawas», dit-il aujourd’hui – puis à rénover en partie l’établissement.
Une fois cette rénovation partielle entamée pour 7 millions de dinars, Habib Bouslama pense en 2011 à engager le reste du crédit convenu avec la BNA et l’Amen Bank. Mais celles-ci lui «conseillent» de s’adresser aux deux autres banques… Car entre-temps le tourisme, islamisme oblige, n’est plus en odeur de sainteté auprès des décideurs politiques et donc des banques.
En 2012, il obtient un entretien avec la pdg de la STB pour s’entendre dire qu’«octroyer ce crédit serait considéré comme un crime» ; à quoi il réplique que «l’arrêt d’un tel projet, après 7 millions de dinars dépensés, serait encore plus criminel». Et c’est alors que la pdg lui aurait fait cette réponse en forme d’aveu : «C’est ce qu’ils veulent» (hakka Ihibbou).
Un autre pdg de banque lui dira plus tard que «la situation du tourisme n’est pas brillante». C’est donc la faute à pas de chance permettant aux banques de se défaire de leurs engagements au gré des changements politiques. Cela au prix d’un désastre économique, non seulement pour l’hôtel acheté (fermé et à l’abandon) mais aussi pour l’hôtel garant, le Nahrawess Hammamet, qui a dû prendre en charge le remboursement des crédits octroyés – avec les intérêts – et même la commission d’étude ou commission d’engagement (1% du montant du crédit tout de même, pour une «étude» qui n’a pas prévu l’arrivée des islamistes au pouvoir).
Acculé à son tour à la fermeture, le Nahrawess Hammamet est aujourd’hui loué à un tiers, un loyer qui servira encore à payer les charges de l’hôtel de Sousse.
Un gâchis évalué par un expert à quarante millions de dinars «en dommages et intérêts» mais qui ne semble pas inquiéter les décideurs des banques, ni ceux de l’administration. Les islamistes sont partis, la croissance du tourisme a repris, et pourtant la défiance des banques persiste.
Le projet Sousse Center Boujaafar
Ainsi relaté par son principal protagoniste, ce dossier semble inextricable. Il l’est moins quand on sait la valeur foncière des terrains jouxtant l’hôtel. Le propriétaire, Habib Bouslama, propose d’y ériger deux immeubles d’habitation. L’ensemble rénovation de l’hôtel et projet immobilier, au sein du projet Sousse Center Boujaafar, a reçu un accord préalable de l’administration du Tourisme en mai 2017. En vain, puisqu’il reste « classé » par les banques et donc non bancable pour tout investisseur. Le calvaire continue.
LM