Vers la fin des années 80 et début 90, le tourisme tunisien a pris la voie de la diversification de son offre : lancement du tourisme saharien, des premiers centres de thalassothérapie, des parcours de golf, des nouvelles stations touristiques dans de nouvelles régions (Tabarka, puis Yasmine Hammamet, puis Gammarth). C’est dans ces années-là que se créa même une «Direction des Nouveaux Produits» au sein de l’ONTT.
Le choix de la diversification semblait alors définitif, ce qu’illustrait la phrase du ministre du Tourisme Mohamed Jegham : «Il nous faut créer un parcours de golf par an, sinon la moitié d’un parcours, et si on ne peut pas, un quart de parcours ; mais on continue sur la voie de la diversification».
En 2003, un Conseil Ministériel confirmait ces choix suite aux recommandations de l’étude de la Banque Mondiale (2001) en y ajoutant la diversification de l’hébergement, notamment par les chambres d’hôtes, et l’encouragement du tourisme local, tout en rejetant la réforme des structures administratives du secteur et en reportant à plus tard l’accord de l’Open Sky.
Ces reports ont constitué notre péché originel.
Accumulation compulsive
Depuis, le tourisme tunisien tourne en rond, se regarde le nombril et… accumule des stratégies qui ne voient pas un début d’exécution. Une sorte de «syndrome de Diogène» à l’échelle d’un secteur. On s’entête à nier le déclassement de la destination (déni de la réalité) avec une accumulation compulsive d’études et de stratégies bonnes pour remplir les tiroirs (syllogomanie).
Aux dernières nouvelles, l’administration et les professionnels cherchent à remanier la «stratégie 2035» adoptée tout récemment.
Dans ce deuxième épisode de notre série d’El Mindhar Essiyahi consacrée à la gouvernance du secteur touristique (voir l’épisode 1), j’émets l’hypothèse que la maladie dont souffre le tourisme tunisien est une carence dans la bonne exécution des stratégies et dans les réformes des structures adaptées à une telle exécution.
Au principe de «l’intendance suivra», prôné jadis par de Gaulle, nous devrions substituer celui énoncé par Napoléon selon qui «la guerre est un art tout d’exécution» ; la guerre économique aussi.
Un principe que résumait l’ancien PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, en assénant : «Le succès ne dépend du choix de la bonne stratégie que pour 5% ; les 95% restants dépendent de la bonne exécution de cette stratégie».
Par Lotfi Mansour, Consultant en tourisme, ancien directeur de magazines spécialisés, initiateur et Président d’honneur du Tunisia Convention Bureau.
Réalisation : MCM.

